On pourrait juste sourire de cette anecdote si celle-ci relevait de l’initiative isolée. Or, on apprend que des actions similaires, dites d’autoréduction, ont été menées aux Galeries La Fayette de Rennes (20 décembre) et au Monoprix de Grenoble (27 décembre). Que les Grecs, qui souvent furent précurseurs éclairés en bien des domaines (à commencer par la noble idée de “démocratie”), viennent eux aussi de l’expérimenter avec, révolution majeure, la complaisante complicité de la police !

Nul ne peut refermer la petite porte d’où jaillit ce souffle d’air tonifiant sans se rappeler les bons vieux coups d’éclat des “Robins des bois” dans les services publics (eau, gaz, électricité…), dans les transports. Et pourquoi pas l’autoréduction, négociée ou non, du temps de travail ?

Petit à petit, au profond de nos cervelets soudains pétillants, naissent d’autres rapprochements moins artificiels qu’il n’y paraît : la désobéissance civile ouvertement proclamée par des centaines d’enseignants du premier degré, l’organisation de plus en plus sophistiquée et déterminée de groupements citoyens comme RESF ou le DAL, les audaces spectaculaires et de plus en plus populaires des Enfants de Don Quichotte, l’organisation florissante de ces AMAP qui mettent directement producteurs et consommateurs en contact sans passer par les filières classiques de distribution des marchandises, l’économie libre sur le web…

Si j’avais un vœu à exprimer pour l’an neuf qui débute, ce serait celui de voir ces initiatives se multiplier, s’organiser, se regrouper, se renforcer…

Légal ou illégal ? Chacun doit désormais se persuader que sur le champ de ruines qu’on nous laisse, la “légalité” relève de la conscience individuelle de chaque citoyen.

Violent ou non violent ? Il va de soi que la désobéissance civile non violente doit avant tout prévaloir. Mais nul ne peut ignorer que la violence est parfois l’ultime recours de la légitime défense. Et il est hors de question qu’on attende de nous une condamnation des violences issues du désespoir dans lequel des salauds et des incapables ont précipité les populations. Tendre l’autre joue, merci bien !

L’année 2008 a été passionnante à bien des égards. D’abord parce qu’elle marque la faillite totalement consommée d’un système financier injuste, mafieux… et incroyablement violent !

L’année 2009 verra l’effondrement de tous les piliers de l’économie réelle capitaliste. N’en déplaise à certaines annonces officielles[1], la période de récession, dans laquelle nous barbotons en plein, va se transformer très rapidement en déflation[2] au premier trimestre, puis en dépression[3] aux alentours du milieu d’année. Nous entrerons alors dans une période incertaine et sans doute très longue de secousses et de troubles très graves.

Même si les relais politiques sont encore bien bafouillants, égarés à sauver quelques recettes éculées ou perdus dans de stériles postures “anti”, la multiplication et l’efficacité grandissante des sources de résistance, la volonté de citoyens responsables, de plus en plus nombreux et organisés, de ne pas se laisser engloutir dans le naufrage général, mais au contraire d’y apporter sans tarder des solutions enfin originales et justes, est la bouffée d’espoir qui augure bien de cette nouvelle année 2009.

À tous ceux-là, mes amis, je souhaite du fond du cœur une excellente année, un courage de tous les instants, une solidarité sans faille avec ceux d’entre nous que pourraient frapper quelques découragements momentanés ou petites défaillances passagères.

2009, an neuf ?

Notes

[1] Le PIB sur lequel se basent nos autorités pour clamer la résistance de l’économie française au troisième trimestre 2008 (+0,1%) est un instrument de comparaison totalement obsolète en temps de crise. Comme son nom l’indique, il mesure la production intérieure brute, c’est-à-dire l’ensemble des richesses produites, existantes… y compris les stocks d’invendus comme ces millions d’automobiles qui végètent dans les parkings des constructeurs !

[2] Baisse de l’indice des prix observée sur une période suffisamment longue, généralement pour écouler en catastrophe les stocks de biens et services invendus (source : Wikipédia).

[3] Diminution importante et durable de la production et de la consommation, par opposition à une récession, qui n’est qu’une phase passagère du cycle économique (source : Wikipédia).