11 janvier 2009
À NOS ACTES GRATUITS
Une question ne cesse de me tarabuster : pourquoi ce que nous faisons de plus passionnant dans nos vies, de plus important et même parfois de plus utile, se déroule presque toujours très loin des opulences financières, sinon aux confins du carrément fauché ? De l’écrivain qui touche des peccadilles en matière de droits d’auteur et qu’on étudiera peut-être plus tard dans les collèges et les lycées, du peintre maudit à la Van Gogh dont les œuvres ruissèleront d’or après la mort, de l’intermittent du spectacle qui enchante des centaines de passants dans ses représentations de rue pour des clopinettes, du blogueur fou porté aux nues qui ne lâche son clavier que pour aller toucher son RMI, du militant associatif qui secourt le déshérité ou l’opprimé à tour de bras en en partageant bien souvent les infortunes…
Le phénomène de “gratuitisation” galopante impulsée par les échanges sur le web, amplifie le mouvement. J’entendais récemment un responsable d’un de ces nouveaux trépidants médias du net, qui tirent aujourd’hui la bourre aux vieux croutons moribonds et pervertis de la presse officielle, se plaindre de la difficulté ne serait-ce que pour équilibrer ses comptes.
Les éditeurs scolaires s’arrachent les cheveux pour que leurs juteux manuels ne disparaissent pas sous les coups de boutoir des sites où les profs échangent gratuitement leurs propres documents numériques qu’ils vidéo-projettent dans leurs salles de classes. Les multinationales de l’audio et de la vidéo cèdent les unes après les autres face aux trocs peer-to-peer de plus en plus nombreux entre internautes qui se foutent pas mal de ce “droit de propriété”, inventé d’ailleurs par les marchands eux-mêmes, plus pour protéger des intérêts financiers que des auteurs.
Est-ce à dire que nos actes, parce qu’ils sont gratuits, n’ont aucune valeur ? Allez donc dire ça à la mère de famille qui depuis des décennies se coltine à plein temps tous ses mômes avec pour seul salaire des alloc’ riquiqui ! Les œuvres de l’artiste maudit, les pantomimes de l’intermittent de la rue ou d’ailleurs, le travail du militant associatif bénévole, les chroniques des nouveaux médias du web et les billets des blogueurs fous ont évidemment un rôle et un impact essentiel dans le fonctionnement de la société à laquelle ils appartiennent. Les outils numériques bricolés par les enseignants — sur des logiciels libres ! — sont souvent d’une qualité au moins égale et d’une utilité pratique supérieure à celles des bons vieux manuels d’antan.
Le constat évident que l’on peut tirer de tout ceci est que l’argent ne suffit pas à mesurer la valeur des choses et des actes. Vérité de la Palisse depuis longtemps, surtout depuis celui où ceux qui possédent la précieuse manne, se mirent stupidement en tête de l’enterrer dans des coffres hermétiquement clos ou de le jouer dans des casinos boursiers.
En attendant, diront tous les acteurs impécunieux sus-cités, faut croûter ! Nous entrons aujourd’hui dans une période de transition qui risque fort d’être longue. Celle d’un changement, que je pense profond, de modèle économique et aussi sans doute d’organisation sociale et politique. Un bouleversement civilisationnel. Je ne sais pas ce à quoi va ressembler la future organisation, ni même si celle-ci sera plus conviviale que la saloperie qui nous quitte enfin. En attendant, ben oui, faut croûter !
J’ai idée qu’il va falloir déployer des trésors d’imagination, d’inventivité et même d’audace pour pallier la défaillance actuelle de l’étalon monétaire. Vous n’y croyez pas ? Je suppose que ceux à qui on aurait dit, en 1939, que l’argent allait bientôt être remplacé par des tickets de rationnement, auraient eux aussi bien rigolé. Et pourtant…
D’ailleurs, l’argent c’est quoi ? Une invention artificielle des “maîtres du monde” qui ne respectent même plus les règles qu’ils s’étaient fixées pour le fabriquer et le faire circuler. Les voilà qui crachent des tonnes de milliards totalement virtuels dans des “plans de relance” pathétiques ! Pour alimenter la machine infernale, leur système financier utilise cinq fois au minimum le moindre sou déposé sur leurs comptes. Raison pour laquelle les banques seraient bien infoutues de rembourser d’un coup tous les dépôts de leurs clients, puisqu’il y en a au moins cinq pour chaque sou[1] Non seulement une ruée des déposants sur les banques foutrait un bordel d’enfer, mais je me marre rien qu’à imaginer la tête des riches s’ils s’avisaient eux aussi, aujourd’hui, de vouloir récupérer leurs magots planqués dans de prétendus “paradis” fiscaux. C’est une multiplication démentielle du syndrome Madoff qui leur pèterait à la gueule !
Allez, revenons à nos chers moutons fauchés comme les blés. L’intermittent, le journaliste, l’associatif, le blogueur fou… Je crains fort, mes très chers oiseaux, que nous allons devoir dans un très proche avenir, montrer toute l’ingéniosité dont le génie humain s’est toujours prétendu pourvu. “Comme en quarante”, il va falloir bien des systèmes D pour intégrer tous les paramètres qui déboulent aujourd’hui et nous mettent tous dans un sacré embarras. Commençons par arrêter de penser à ces sornettes comme quoi l’argent seul peut assurer l’indépendance, l’autonomie ou encore l’épanouissement de chaque individu. Alors que précisément l’argent ne sert pas seulement à se procurer des biens et des services, mais avant tout à acheter la dépendance de ceux qui se le sont procuré, la plupart du temps à crédit. En tout cas, une chose me paraît sûre, tenter encore aujourd’hui de se raccrocher au système désormais agonisant, relève de l’inutile et de l’effort en pure perte.
Le capitalisme néo-libéral exclut la notion même de service public, alors que précisément votre existence, vos actes, votre valeur sociale tiennent essentiellement d’un véritable service public, d’un service au public. Le service public est par essence une activité qui n’a rien à voir avec la notion de rentabilité financière. Du moins est-ce ainsi que l’entendait en 1945 nos aînés du Conseil National de la Résistance dans leurs fameuses ordonnances.
Eh oui, chers politiques qui, je n’en doute pas, nous mitonnez d’arrache-cellules grises des lendemains “radieux”, il est grand temps d’intégrer ces éléments dans vos échafaudages à venir. La modernité n’est pas forcément dans les contes à dormir debout que nous ont pondus les enfants de salauds au pouvoir. Elle ne passe peut-être pas forcément par la disparition de l’argent comme moyen d’échange, mais elle implique une sacrée redéfinition de son usage et de son mode de circulation. Il va nous falloir inventer sérieux, de gré ou de force, pour permettre à tous de becqueter tranquille, de vaquer à ses occupations préférées, et, pourquoi pas, pour ré-enchanter notre petit univers. Parce que qu’est-ce qu’on a pu s’emmerder pendant ces “trente foireuses” (des années-fric — les fameuses eighties ! — à toute cette période de “mondialisation” abandonnée aux gangsters) !
Avons-nous quelques chances de réussite ? Ayons au moins le panache de tenter.
Notes
[1] Un banquier de mes connaissances évalue qu’ils en sont aujourd’hui en France à une multiplication d’environ neuf, beaucoup plus, jusqu’à trente, aux USA !

Commentaires
Le Yéti, pour ce texte magnifique que je partage entièrement, je t’embrasse
…et l’imagination prit le pouvoir…
merci pour cette bouffée d’oxygène !
Clap-clap ! en pleine forme, le Yéti !
Juste une petite remarque, en passant : “…Une invention artificielle des “maîtres du monde” qui ne respectent même plus les règles qu’ils s’étaient fixées”. Ils ne les ont jamais respectées, puisqu’ils les avaient établies pour que nous les respections, et que nous pensions qu’ils étaient pourvus de sens moral. Je redis qu’il me semble que nous devrions porter Madoff au pinacle, qui vient d’apporter la preuve quasi scientifique (maitrise des données du protocole d’expérience, qualité de l’échantillon de cobayes, reproductibilité des résultats, etc) que ce système ne reposait, repose et reposera, QUE sur la cupidité. Et rien d’autre.
T’as bien raison : on s’est assez emmerdé à les regarder ravager le monde ces trente dernières années. Il est temps que l’on fasse de la place à l’imagination.
peut être aussi parce que nous savons bien au fond de nous que l’argent ne fait pas le bonheur, que les échanges humains ont bien plus de valeur et que tout ne s’achète pas, que l’argent ne doit être qu’un outil pour facilité l’échange de biens oude services et non pas une finalité.
« Hélas ! mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami ! On m’a privé de toi ; et puisque tu m’es enlevé, j’ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour moi, et je n’ai plus que faire au monde ! Sans toi, il m’est impossible de vivre. » (Harpagon, acte IV, scène 7)

Merci et félicitations pour ce texte, et plus généralement pour tout le site.
Pour comprendre le fonctionnement des banques, il y a la video (50 min) de Paul Grignon sur http://bankster.tv qui a déjà pas mal “buzzer” depuis quelques semaines. Édifiant !
Comme j’aimerais croiser ce yeti là sur les pentes neigeuses de mon blog personnel… J’ai beaucoup aimé cet article, et je tenais à vous le faire savoir. félicitations.
Le premier truc sympa depuis le début de l’année ! Heureusement que tu es la avec tes mots si justes…
Je suis, hélas, moins optimiste que toi, cher Yéti !
Mais comme je voudrais que ce soit toi qui ait raison !
Seul un Yéti pouvait nous dégotter cette épatante prospective !
Une révolution est bien en cours mais rien ne dit comment et quand une démocratie de partages remplacera l’actuelle ploutocratie crapuleuse qui nous emberlificote avec ses marchés et ses devises. Ni même si nous ne seront pas tous morts avant
vu les périls.
Pour le moment ils gagnent encore… Mais cette obsession consistant à vouloir garantir la marchandisation de toutes choses, dont les connaissances et même le vivant en les marquant comme des propriétés révèle aussi la fragilité de cette usurpation.
@ B.L. (#8)
Mais où as-tu vu que j’étais optimiste, B.L. ??? J’ai juste dit qu’il fallait avoir le panache de tenter… sans préjuger du résultat !
Nos amis de Rue89 m’ont dit exactement l’inverse, que j’étais naturellement pessimiste. Je leur ai demandé comment ils pouvaient penser ça… alors que je m’échine à toujours dire qu’il faut avoir le panache de tenter, même sans préjuger du résultat.
Au final, un peu étourdi par tous ces jugements contradictoires (mais sympathiques), alors que chaque fois je n’ai finalement qu’une seule et même réponse, je consens juste à reconnaître ceci : il se peut finalement que je sois un optimiste tragique (au sens où l’entend Umberto Eco), à savoir un incorrigible optimiste qui n’oublie jamais qu’alentour rôde le pire
Alors disons, avec Gramsci, que tu as “le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté”.
(La formule a beaucoup servi mais elle est si belle !)
Faudrait demander à la brave dame.
Ou alors faudrait poser la question à Dakar le zonard.
“avec pour seul salaire des alloc’ riquiqui”:
La pinailleuse de service de nuit tient à préciser: les allocs, c’est pas un salaire, c’est une toute petite partie du fric qu’il faut pour mettre quelque chose de correct dans leurs assiettes, aux marmots.
A part ça, j’aime bien quand tu es . Optimiste tragique, bien sûr, car dans la situation qui est la nôtre, les optimistes simples ne peuvent être que des sots. Ce fourmillement de vie “gratuit”, je le repère depuis longtemps, éparpillé dans toutes nos relations humaines. Et depuis quelques temps, il pointe son nez hors des relations privées pour s’inviter un peu partout, dans la rue et sur nos places.
Si un jour nous sortons de la mélasse, c’est à cette force de vie que nous le devrons.
je suis un lecteur assidu de tes textes; je n’interviens jamais en commentaire, because ta prose suffit à m’éclairer.
Juste une petite remarque de français à propos du verbe transitif pallier (J’ai idée qu’il va falloir déployer des trésors d’imagination, d’inventivité et même d’audace pour pallier à la défaillance actuelle) le “à” est incorrect.
Merci Loik, je corrige (même si le Petit Robert admet l’expression “pallier à” en précisant, c’est vrai, qu’elle est “critiquée”
.)
Il y aurait beaucoup à dire sur cette notion de gratuité, surtout aujourd’hui, d’ailleurs, avant même d’aborder l’aspect étymologique, les bâtisseurs de cathédrales, travaillaient, sans rétribution, “à la gloire de Dieu”. Mais bon, on pourrait faire des parallèles avec le “bénévolat” d’aujourd’hui…!
Gratuit, du bas latin “gratuitus”, venant lui même du latin “gratum”, agréable, d’où vient également le mot “gré”, …bon gré mal gré! Gratuit est un mot équivoque, au propre, comme au figuré…!
Au plan économique, c’est ce qu’on donne à titre gracieux, sans rétribution, mais un acte gratuit n’est pas nécessairement un acte gracieux, il peut-être aussi sans fondement… Combien de suppositions gratuites, de méchancetés gratuites…que se permettent d’ailleurs souvent ceux qui font tout payer très cher…!
Allez, j’arrête le côté “vieux prof”, c’est pourtant bien vrai que tu as raison , Yéti, et je suis sur que la “gratuité” a de beaux jours devant elle, peut-être même plus que jamais, à condition de ne pas l’institutionnaliser…
Et puis attention aux dérives, genre “gratuits”, dans la presse quotidienne, par exemple, dont on sait bien ce qu’ils cachent…!
En fait, je crois que je préfère “gracieux” à “gratuit”…!
Il y a aussi ceux qui pensent que : rb>c
Ce que je crois aussi. Mais quand on le sait, on est quitte, alors, restons optimistes.
excellent, voudrais recevoir votre lettre chez moi quand elle parait
merci!
@ More
Merci beaucoup pour les gentillesses. Je suppose que c’est un mail d’information sur les nouveaux billets que vous voulez recevoir chez vous ? Je viens donc d’ajouter une possibilité d’abonnement par mail dans la colonne de droite. Vous me direz si ça marche…
@Yéti
Donc ton prochain billet est sur un “revenu garanti pour toutes et tous” ?
C’est la suite logique, non ?
Parce qu’il faut pouvoir se loger, manger, inventer, avoir du temps… et la précarité n’est pas facile à supporter, ne favorise pas toute cette activité autour du don, de l’échange mutuelle, de l’épanouissement, de la création, de l’émancipation…
Alors ?
Jluc
Aussitôt demandé (par l’ami JLG), aussitôt fait, voici la réédition d’un billet du 2 septembre 2006, à peine corrigé de ses antiquailleries d’antan (tout change tellement vite, ma bonne dame !), et qui risque de concerner pas mal de gens dans un très proche avenir
Tous les jours, comme des millions de Français, je donne à manger à mon chien. Des croquettes hors de prix. Le chien, lui, il s’en fout. À part s’engloutir les ruineuses croquettes, il passe sa journée à roupiller ou à courir le guilledou dans la campagne environnante. Vous remarquerez que tout le monde trouve ça normal. Pas un qui proteste. Me regardent même de travers si le chien fait mine d’être affamé ou malheureux.
Qu’est-ce que ce serait s’il s’agissait d’un être humain ! Quoi, comment, un fainéant qui bosse pas, s’empiffre et se la coule douce ? Halte là, pas de boulot, pas de picaillons! Et pas de picaillons, pas de croquettes !
Je pense, moi, qu’un programme politique un tant soit peu social devrait traiter les humains aussi bien que nos chiens de compagnie.
Et offrir à chacun un MINIMUM VITAL DÉCENT. Pas seulement cet os à ronger qu’est le très minimum revenu d’insertion, ou ce faux-cul de Revenu de Solidarité Active si cher à notre nouveau commissaire Maigret de la jeunesse, l’inénarrable et très kouchnérien Hirsch. Autant de moyens hypocrites pour maintenir le clébard humain à la niche et éviter qu’il ne s’ensauvage.
Les raisons : d’abord, les biens et services de base destinés à satisfaire les besoins de chaque individu existent en quantité désormais suffisante. Je vous mets au défi de me prouver le contraire.
Ensuite, le travail n’est plus la valeur référence qui permet à chacun de gagner les moyens monétaires de satisfaire ses besoins. Le plein-emploi est devenu un mirage pour gogos, un peu comme les gros lots qu’on nous exhibe dans les baraques de fêtes foraines. La valeur-travail qu’on voulait tant nous vanter il y a peu a depuis longtemps implosé en une constellation de nouveaux milliers de chômeurs.
Partant de là, qu’est-ce que le MINIMUM VITAL DÉCENT ? Comme la croissance, on devrait l’évaluer en volume minimum de biens et services mis à disposition de chaque individu. Mais puisqu’on s’obstine à utiliser la valeur monétaire comme référence, allons-y.
Tout d’abord, cette idée de MINIMUM VITAL DÉCENT n’est pas une idée nouvelle. On la connaît aussi sous le nom de revenu citoyen ou universel (avec Voltaire et Victor Hugo comme précurseurs) et d’allocation universelle. Celle-ci existe déjà dans un pays, l’Alaska où 845 $, soit env. 660 €, sont attribués par l’État à chaque citoyen. Elle est aussi expérimentée actuellement au Brésil.
Il s’agit d’un véritable service public. Et je pose, sauf corrections d’amis économistes alter and co, qu’il doit être aujourd’hui de 1000 € net pour chaque citoyen adulte. (Dans cette perspective, le SMIC, qui suppose un travail ou une fonction, devrait ne pas être inférieur à 1500 € tout aussi net.) Son financement est parfaitement envisageable dès lors qu’on procède à une véritable répartition équitable des richesses publiques existantes. Et qu’on limite tout en haut les revenus gabegiques des gros connards.
Surtout, surtout, qu’on nous épargne l’objection morale ! Cette scie judéo-chrétienne sur la “récompense de l’effort”, et du seul effort, que des gens qui souvent n’en foutent pas une, nous rabâchent depuis des millénaires et nous présentent comme valeur inaliénable.
Parlez-en donc à mon chien, il va bien rigoler !
(Ça te va, comme réponse, mon JL ?)
Pas testé les croquettes, mais le principe me plait bien.
Il est temps aussi d’introduire dans l’économie le droit de pollution culturelle ou d’introduire dans l’économie culturelle le droit de pollution ; plus , et si l’étalon monétaire était indexé sur le cours des céréales panifiables , et si le cultureux frustré s’en prenait déja aux cumularts de sa corporation , et si les cultureux étaient soupoudrés de façon à imposer “l’autour de soi” avant tout ?
Une fois de plus un article “incontournable” qui pose un problème de fond et le “fouille” puissamment et pertinemment.
je suis moi aussi un lecteur de ces lettres, je ne suis pa toujours d’accord mais j’aime l’utopie que cela dégage, mais car il y a un mais, un peu trop facile, ancien artisan en maçonnerie pendant 27 ans ayant eu des compagnons, c’est grace au travail de ces petits gens, mais de grandes valeurs d’habileté, de courage payés a coup de pied et finition coup de poings, car les clients la plupart sur l’echiquier de gauche, moi-meme étant de cette mouvance, peu hésitait a me mettre en concurence, ou me faire baisser les prix, comme je travaillais beaucoup en direct et sur la rénovation, ce n’était que des heures, travail de haute qualité sinon pas payé , avec de la ponctualité etc..etc
ancien fonctionnaire titulaire, j’ai trahit mon camp car affreux patron, payant mal ses salariés, c’est facile de donner des conseils mais face à la réalité, la non considération des travailleurs manuels, mais c’est pourtant eux qui en travaillant par tous les temps, permettaient de payer les charges et en meme temps permettent aux intermitants, au RSA de toucher quand meme quelque chose, et en meme temps mes compagnons étaient heureux car ils avaient le sentiment d’être utiles, et quelquefois d’accomplir une oeuvre qui reste dans le temps.
Rien n’est simple et pourquoi ne pas changer de métier et de s’accomplir en vrai, au lieu que cela soit en dehors , si des gens comme moi l’on fait d’autre peuvent le faire, si ils ne font pas fortune, au moins ils aurant le sentiment d’avoir vraiment vécu et n’est ce pas le principal.
Ouf, contente de te voir revenu sain et sauf de ton séjour dans les enfers!
Même soulagement que jardin. Franchement, on a beau s'interdire toute forme de parano à la sauce "L'Empire contre-attaque", il y a quand-même de quoi s'interroger sur ce genre d'incident.
Que s'est il passé ?
Je me posais les mêmes questions que jardin et jeanF31...
Mon cher Yeti, j'adore lire tes textes car, en général, je suis plutôt d'accord, à quelques virgules ou points virgule près. Et surtout, tu me déculpabilises car tu exprimes généralement une bonne part de ce que je suis sans doute trop paresseux pour formaliser. Et je me dis "Bien, bien, pas besoins de se secouer les méninges, le Yeti viens de le dire !!".
Je n'en pense pas moins. Approuver, se dire qu'on n'est pas tout seul, ça tient chaud, mais ce n'est peut-être pas suffisant. À bon entendeurs…
Blague à part, depuis le temps que dure le temps, à force de trainer les yeux et les oreilles un peu partout avec la mémoire des airs du temps sur… quelques années (on dit le recul historique) il me semble, il me semble seulement) que quelque chose est en train de prendre forme, quelque chose d'encore peu palpable, d'inorganisé et qui tire sa force de cette inorganisation, un peu comme ces idées qui germent dans les brumes du cerveau en attente de prendre vigueur. Pour paraphraser un certain révolutionnaire, notre monde semble en gésine, et pas seulement en France ou dans notre petite Europe. Et ce n'est pas non plus un effet d'optique de la blogosphère.
Ce mouvement (faute d'autres termes) me semble largement déborder l'espace politique (partis, institutions) mais s'ancrer largement dans le civilationnel. C'est du mode de vie, de la façon de vivre, de son sens, dont il s'agit largement. Et c'est là que la petite armée des "disants", ou des "diseurs", enfin, ceux qui formulent les choses, jouent un rôle essentiel d'accoucheurs en publiant tout haut ce que d'autres ont du mal à penser tout bas.
Dans ce mouvement, les partis politiques ne peuvent êtres que hors-jeu. Historiquement, ils ont déjà cessé d'exister.
En 1788/1789, il n'y avait pas de parti républicain organisé, l'idée même de République était une vague chimère. Mais existait un mouvement du même type que celui que je viens d'essayer de décrire. Puis, avec les États Généraux, la Constituante, la Convention, une cristallisation s'est produite et le monde a basculé dans une nouvelle civilisation…
Bon, en fait, je voulais parler de la gratuité. Si j'ai besoin d'un logiciel pour mon ordinateur, je vais le chercher gratos, sur le web. Mais si j'ai faim et besoin d'un sandwich, nénette, il faut que je sorte mes picaillons.
Il existe, dans ma bonne ville dirigé par un édile socialiste tendance ségo, des vélos communautaires. Mais là aussi, faut sortir la monnaie.
Ce qui serait bien, ce serait d'avoir le sandwich et le vélo sans qu'il soit question d'argent entre nous : j'ai faim, je mange le sandwich, puis je remet le vélo à sa place quand j'ai fini, pour celui qui en a besoin.
Le revenu universel, c'est bien, mais c'est encore de l'argent qui circule et surtout à combien estime t-on une existence matériellement décente.
Un de mes copain s'est retrouvé un jour (et sans argent) dans une petite ile au fin fond de l'Océan Pacifique. On lui a prêté une case. De temps en temps, il réparait un moteur ou il donnait un petit coup de main. Chaque jour il trouvait devant sa porte tout ce qu'il lui fallait pour se nourrir.
Nous n'avons pas besoins pour vivre de posséder les choses, mais simplement de pouvoir en user, pour répondre à nos besoins et dans la limite de ceux-ci. Un service public généralisé en quelque sorte, en laissant au domaine de l'argent (s'il en reste), le superflu (si ça intéresse encore quelqu'un).
Bien, tout ça est un peu fouillis, mais la paresse… J'y reviendrai sans doute.
Un jour, audace et panache.
Vivement ce jour.
Nombre de fourmis y travaillent.
Bravo pour cette chronique.
Parfait, une fois encore