jeudi 8 mai 2008
LE POIL DE LA BÊTE
J'avoue qu'en ce moment, il faut avoir le moral bien accroché pour se sentir un mental de résistant (pour reprendre l'expression de Grand Corps Malade). Et, à en croire mes visites journalières sur leurs derniers billets, ça ne m'a pas l'air non plus d'aller au mieux chez mes potes de la blogosphère. Notre colère s'est muée en cris de désespoir et d'impuissance.
Sensation de tourner en rond, de rabâcher en pure perte. D'aucuns rentrent dans leur cocon. D'autres réduisent le rythme de leurs parutions. Certains abandonnent et passent à autre chose. Je comprends d'autant mieux cette détresse que je ne me sens guère plus fringant.
Demain, 1er mai ! Ça y est, c'est vraiment l'anniversaire de Mai 68 ! Qu'est-ce que vous diriez d'une petite facette décalée, un brin émouvante, comme ça en passant, des fameux "évènements" ? En voici une filmée sur le tas par des étudiants en grève de l'IDHEC (Institut des Hautes Études Cinématographiques) le 10 juin de la même année brûlante. Le titre : Wonder Mai 68. Tout un poème ! Le précieux joyau fut repris vingt-huit ans plus tard par le cinéaste Hervé Le Roux dans son film Reprise. Accrochez-vous, on est parti. D'abord, une petite intro de présentation pour la mise en bouche...
"Mon bon Yéti, je ne sais pas à quel degré de sinistrose tu es parvenu, bien que chaque fois qu'on te fasse la remarque, tu prétends avoir un moral d'acier !!"
C'est toujours comme ça. Quand on traverse des passes difficiles — et en ce moment on est servi ! — la poésie repointe toujours le bout de son nez. La poésie toute nue, la poésie toute crue, sans vains ornements ni colifichets. Comme exutoire à notre colère et baume à notre désarroi. Apollinaire au temps de la première "der de der" ; Char, Desnos, Éluard pendant la saloperie nazie ; aujourd'hui, deux tisons tout brûlants dont j'aimerais vous dire un mot.
"Il ne faut pas boycotter les JO, pour que des hommes comme eux (NB : Tommie Smith et John Carlos, levant leurs poings gantés aux Jeux de Mexico 1968) puissent se rencontrer pour vivre encore des histoires telles que celle-là." Voilà un commentaire ajouté par mon ami Nose de Champagne à la suite du billet
Voilà quelques temps que nous alertions ici sur l'imminence d'une explosion mondialisée d'une extrême gravité. C'est avec la plus immense désolation que nous constatons aujourd'hui l'exactitude de ces prédictions. Pas trop compliquées, d'ailleurs, les prédictions, tant les signes annonciateurs en étaient patents. Et nous y voilà ! Nous ne sommes plus à la veille d'un cataclysme. Nous sommes désormais en plein cœur de la tourmente.
Dany Cohn-Bendit, qui a parfois encore des remontées salutaires de lucidité juvénile, a une nouvelle fois trouvé les mots justes : "Il faut foutre le bordel à Pékin !"
Ce qui frappe dans le joli merdier semé par les manifestants contre la bien vacillante flamme olympique à Paris le 7 avril 2008, ce n'est pas qu'une poignée de frêles braillards ait réussi à ridiculiser l'armada des gros culs policiers s'échinant en vain à les poursuivre. Ce n'est pas la déconfiture retentissante de cette grotesque cérémonie officielle qui prétendait exalter les "valeurs universelles" du sport à l'ombre des matraques. Non, ce qui retient l'attention, c'est les "hou hou" lancés spontanément par la foule des badauds rassemblés, prenant fait et cause pour les émeutiers, s'emparant sans barguigner des drapeaux qu'on leur tendait pour les agiter à tour de bras.
Court séjour à Bruges, juste le temps de laisser retomber la poussière du chemin. Temps menaçant, puis crachin noyant les canaux, inondant les parapluies multicolores de quelques touristes obstinés à boucler leur périple aquatique en bateau-moteur malgré les éléments.